Artistes Olga Tobreluts | : Figures Sacrées Projets | Biographie | Bibliographie | Presse

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STRATEGIE TOBRELUTS

Olga Tobreluts est une artiste saint-pétersbourgeoise qui fait appel dans sa créativité aux symboles de beauté existant dans l’histoire de l’art et les mass media contemporains. Elle utilise différentes images idéales, les approchant grâce à la technologie numérique. Elle travaille non pas seulement avec les images de beauté admises, mais avec les images facilement reconnaissables dans le règne de la pop culture. L’artiste actualise les images de la culture antique et de la renaissance, y appliquant une apparence de figures de culte contemporaines.

En 1994, Tobreluts créa sa première série de collages numériques « Les reflets d’empire », où elle a adopté l’image d’une muse antique sur un fond de décorations historiques. Le monde des technologies numériques et l’idée de la beauté classique ont convergé dans l’espace utopique des époques combinées, symbolisant la chute des empires, les régimes politiques de courte durée et les œuvres architecturales hors du temps.

En 1996, dans la série «Modèles », l’artiste a utilisé les marques connues pour vêtir les sculptures antiques, montrant la similitude des procédés des prêtres antiques et des créateurs de marques contemporaines à la mode.

En 1998, elle a produit un projet spécial pour le magazine Vogue « Le conte russe », lequel a été récompensé comme meilleur projet russe par Conde Nast.

En 1999, Tobreluts a créé une série « Figures sacrées » inscrivant les modèles sacrés par les mass media en images connues dans l’histoire de l’art. Une des œuvres de cette série, dans laquelle le visage de Leonardo di Caprio fut inscrit dans la peinture d’Antonello da Messina, a été censurée par la maison d’édition Thames and Hudson, engendrant une polémique au sujet de la censure dans l’art contemporain. A qui appartient l’image de la pop star dans la société de consommation et est-ce qu’un artiste peut être libre dans le monde de l’argent ?

La série « Figures sacrées» était montrée pour la première fois durant l’exposition Heaven au Kunsthalle Duesseldorf et au Tate Gallery Liverpool. Une œuvre de cette série, utilisant l’image de Kate Moss apparaissant en madone, a fait la couverture d’Observer, devenant le symbole de cette exposition. Le monde d’extase religieuse a jeté sa lumière sainte sur le monde de la mode, lequel a monopolisé les représentations classiques en les transférant de la catégorie des passions élitistes vers la culture de masse.

2. IDOLES ET IDEAUX

Dans la série « Figures sacrées », l’artiste utilise la stratégie du montage émancipant l’art au début du XX siècle. Toutefois le montage de Tobreluts en le comparant avec le montage politique des années 20 détrône le pathos au lieu de le confirmer. Le pathos se dissipe en conjonction des images de temps avec les images qui sont supposées être éternelles. Tobreluts travaille avec une nouvelle impression de temps qui est apparue au XX siècle. C’est le temps comprimé, pas téléologique. Dans ce temps, le passé coexiste avec le présent et le futur prédétermine la sensation du passé. Le montage est devenu l’expression de cette accélération et de la simultanéité. Le montage parle en joignant quelques images reconnaissables dans la combinaison nouvelle et paradoxale. Et il n’utilise pas les mots, mais les entités sémantiques apparaissant entre les mots et les images.

Utilisant le procédé du montage dans ses œuvres, Tobreluts réunit deux types de cultes issus de l’admiration religieuse : culte de l’histoire de l’art et culte de l’adoration des stars. Une idole de la culture populaire, un acteur ou un modèle connu, c’est une apparence, remplie par des repères esthétiques et socialement importants. La divinisation des pop-stars, des héros idéaux, qui permet aux fans de s’identifier, coexiste avec l’adoration des idées. Par exemple, les idées de démocratie, de liberté, et de beauté.

En 2003, Tobreluts s’est tournée vers la série « Figures sacrées». Maintenant, les figures se sont mises à parler. Il est possible que ce soit la déception de l’artiste dans l’écriture sainte de la modernité, affirmant d’une manière rhétorique le triomphe du bien sur le mal, de la démocratie sur le totalitarisme, de la paix sur la guerre, qui soit devenue le prétexte au langage des figures. Sous le visage du bien on fait le mal, sous le visage de la démocratie on établit le totalitarisme, au nom de la paix on fait la guerre. Tobreluts a introduit dans ses nouvelles œuvres des mots plus souvent prononcés dans les discours politiques modernes. Ainsi, les mots « WAR, ATTACK… » partant dans la perspective à la manière de « Star Wars » deviennent le fond pour l’athlète d’Ephèse, qui se couvre avec le mot « PEACE ». Le choix de la langue anglaise souligne le processus de globalisation et d’effacement des différences dans la sphère de la langue, déterminant le centre d’influence dans la géopolitique moderne.

3. ESTHETIQUE/ POLITIQUE

Le pathos de l’art qui mérite l’adoration, l’éternité et la beauté, de même que le pathétique du monde éphémère de la mode, sont détrônés par l’artiste de par la jonction avec le contexte politique. La Vénus, qui n’apparaît pas comme politique, et se retrouvant dans le contexte des mots WAR, AGRESSION, SHOCK, VIOLENCE, commence à rappeler plus une victime de bombardements. Maintenant, on peut comprendre pourquoi la déesse de l’amour a les bras coupés. L’inscription peu lisible sur le soutien-gorge STOP THE WAR est perçue comme un message commercial. Le slogan pacifiste prend la place d’une marque commerciale, et par cela se commercialise lui-même.

En période de transformation géoplitique, la mode de military style apparaît. La beauté, l’agression, la guerre construisent un ordre, l’esthétique et le politique se lient fermement. L’un prend la place de l’autre dans l’espace unique du mass media.

La série « Figures sacrées» montre qu’il n’existe plus de ces figures sacrées, que ce soit l’image d’une déesse antique, l’image d’un modèle connu ou l’entité du langage STOP THE WAR. « Figures sacrées » ne manifestent pas seulement le mécanisme d’apparition d’un culte à l’époque de la culture de masse, mais deviennent aussi la monnaie d’échange dans la guerre de l’information.

Olessya Turkina
Critique d'art, Commissaire d'exposition d'art contemporain

Victor Mazin
Fondateur du Musée des Rêves de Freud à Saint-Pétersbourg, critique, psychanalyste
Commissaire d’exposition au Département d’art contemporain du Musée National Russe
 

Naomie, 1998. Technique mixte, 117 x 58 cm