Artistes Exposition de Groupe | : The Adventure of the Dancing Men Presse

Annouchka Brochet 
Marina Chernikova 
Valery Chtak 
Exposition de Groupe 
Dubossarsky - Vinogradov 
Alla Esipovich 
Laszlo Fehér 
Dasha Fursey 
Georgy Gurianov 
Valery Koshlyakov 
Vlada Krassilnikova 
Andrei Molodkin 
Ivan Plusch 
Aidan Salakhova 
Arsen Savadov 
Sergei Serp 
Yuri Shabelnikov 
Stephen J. Shanabrook 
Sergey Shekhovtsov 
Rupert Shrive 
Olga Tobreluts 
Evgeny Yufit 

Orel Art
en collaboration avec
Galerie Iragui (Moscou)

'The Adventure of the Dancing Men'


ARTISTES :

Pavel Pepperstein
Ivan Razumov
Dmitry Fain
Denis Salautin
Sergey Anufriev
Katia Kameneva
Arcady Nasonov
Anton Chernyak



Dans ‘The Adventure of the Dancing Men’ (‘Les Hommes dansants’), un des courts romans écrit par Sir Arthur Conan Doyle (1903), le fameux détective Sherlock Holmes découvre un crime en déchiffrant un message caché derrière des dessins d’aspect enfantin. Les figures naïves de ces hommes dansants avec un fanion apparaissent de façon inattendue et mystérieuse dans la propriété du héros principal. Griffonnés à la craie sur un mur, dans les allées du parc, au rebord d’une fenêtre, ces dessins semblant inoffensifs composent en réalité un code à déchiffrer et révèlent une tragédie à venir.

L’exposition ‘The Adventure of the Dancing Men’ se consacre au dessin post-conceptuel. La génération d’artistes présentée appartient à celle qui a remplacé le fameux Conceptualisme de Moscou d’Ilya Kabakov, de Victor Pivovarov, d’Erik Bulatov, d’Andrey Monastirsky. L’artiste Pavel Pepperstein, très influencé par le travail de son père, le peintre Victor Pivovarov, de même que par le travail d’Ilya Kabakov, va fonder en 1987 le groupe ‘Inspection Médicale Herméneutique’ avec Sergei Anufriev et Yuri Leydermann. Ces jeunes conceptualistes ne développent pas seulement les pratiques de leurs prédécesseurs basées sur la critique du texte total dans la culture soviétique, mais ils créent aussi le cercle conceptuel de Moscou en lui donnant le nom de NOMA.

En dehors des œuvres de Pepperstein et Anufriev, fondateurs du groupe ‘Inspection Médicale Herméneutique’, l’exposition présente également les dessins d’autres artistes qui ont continué cette tradition. Arcady Nasonov, Ivan Razumov, Anton Chernyak, Denis Salautin, Dmitry Fain et Katia Kameneva, membres de groupes artistiques tels que ‘Fenso’, ‘La commission nuageuse’, ou ‘La quatrième hauteur’, sont définis par Pepperstein comme des conceptualistes psychédéliques en distinction des précédents ‘conceptualistes romantiques’ de Moscou (qui furent nommés ainsi par Boris Groys). A cette époque, les choses qui semblaient habituelles et informelles changèrent instantanément de sens, de caractère et d’image. Le processus que l’on peut rapprocher d’une expérience collective de la conscience étendue se mit en place, démontrant son caractère psychédélique. Au même moment, les artistes suivants la tradition conceptuelle s’interrogèrent sur comment l’œuvre d’art et la culture pourraient fonctionner pendant une période transitoire alors que toutes les connexions entre les mots et les objets étaient en train de disparaitre. Ils commencèrent à réutiliser la tradition du réalisme-(socialisme) qu’ils avaient vu disparaitre, avec ses principes littératuraux et ses Grands discours idéologiques.

Le caractère naïf des dessins rappelle les illustrations des livres soviétiques pour enfants et des magazines tels que Murzilka et Veselye Kartinky, mais fait penser aussi aux peintures réalistes ou à la réalité étrange des rêves. La référence au passé révèle l’habileté de l’art à faire renaître les langues mortes. Le dessin joue un rôle écologique en préservant l’ancien environnement symbolique qui est cruellement détruit dans la réalité.

Les dessins présentés à l’exposition ‘The Adventure of the Dancing Men’ sous-entendent la présence d’un double sens, tout comme les figures naïves de Conan Doyle en ont un. Premièrement, le dessin est ici la plupart du temps une illustration de la littérature inexistante. Même si l’on parle d’une œuvre concrète le résultat n’est pas celui dune l’illustration au sens propre. Deuxièmement, le dessin lui-même inclut normalement un commentaire qui met l’auteur à l’écart ou qui le défamiliarise (selon Victor Shklovsky l’un des fondateurs du Formalisme Russe). Le concept d’ostranenie – ou défamiliarisation- visant à décrire un objet sans le nommer se développe parmi les artistes conceptuels moscovites, pour lesquels l’illustration devient un refuge contre le contrôle idéologique omniprésent. Cela suscita la création de phénomènes tels que les albums d’Ilya Kabakov et de Victor Pivovarov.

L’art post-conceptuel qui s’en suit donne un nouveau sens au dessin. Les artistes semblent obsédés par l’idée d’illustration et leur art est pénétré par la libido de l’illustration, ou ’illuste’ (selon le terme de Pavel Pepperstein). Ce nouveau sens fait alors apparaitre le caractère érotique du dessin. En même temps, le dessin ne devient pas seulement une écriture automatique mais plutôt une manière détournée qui permet de rentrer dans le domaine de la ‘Grande Défaite’ (terme utilisé par le groupe ‘Inspection Médicale Herméneutique’). Le dessin obtient le statut de commentaire du ‘Grand Roman Pourri’, terme inventé par Pavel Pepperstein signifiant l’hyper-narration du ‘littératurocentrisme’ de la culture Russe.

Les dessins exposés peuvent également être appelés oniriques. Les artistes créent des sortes de puzzles insolubles. Ils utilisent les mécanismes de condensation et de déplacement caractéristiques des rêves, décrits par Sigmund Freud dans « Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient ». En combinant deux sens d’une expression en une seule, en substituant l’ensemble par la partie et en utilisant le commentaire intérieur, les artistes montrent l’écart qu’il y a entre le texte et l’image, la forme et le contenu.

Leurs dessins créent un code secret entre partisans qui s’opposent à l’idéologie de la culture de mass-média moderne. Culture dans laquelle l’ancien totalitarisme du texte soviétique est remplacé par le totalitarisme de l’image dont l’’appotéose est la publicité. Evitant la voie agressive de la culture visuelle moderne, le dessin poursuit silencieusement son travail éreintant.


Olesya Turkina





 

Ivan Razumov, The holly wood Phalloreading, 2009. Encre et aquarelle sur papier, 73,5 x 102 cm